mardi 20 mai 2008

Horreur gambienne

La Gambie, c’est ce tout petit pays d’Afrique occidentale constitué de deux étroites bandes de terres bordant le fleuve du même nom.

Son président, Yahya Jammeh, a annoncé mercredi 15 mai : «Les homosexuels et lesbiennes de Gambie doivent quitter le pays dans les 24 heures ou faire face à de graves conséquences».
En l’occurrence, les exactions de « patrouilles » destinées à attaquer les homosexuels.
Il a ajouté «Nous sommes une nation musulmane et nous ne pouvons accepter de tels individus sur notre sol». Il a en outre déclaré que le pays allait se doter de lois «beaucoup plus sévères» que les lois iraniennes sur le sujet.

Un chef d’Etat qui annonce qu’il expulse une partie des citoyens du pays dont il a la tête !
Un chef d’Etat qui prévoit d’éliminer une partie de sa population !
L’horreur à l’état pur.

Qui va accueillir les hommes et les femmes qui auront choisi la voie de l’exil ?
Qui défendra celles et ceux qui n’auront pas voulu ou pas pu quitter le pays ?
Qui soutiendra les personnes qui là-bas, auront décidé de leur venir en aide ?

Sarkozy, qui vient de se draper dans de grands idéaux humanistes en déclarant que la France se prononcerait en faveur de la dépénalisation mondiale de l’homosexualité, va-t-il offrir l'asile aux Gambiens qui en feront la demande ?

Oui restera-t-on, une fois de plus, au stade de la déclaration d’intention démago qui fait joli dans le paysage ?

dimanche 18 mai 2008

17 mai : La gouine invisible (n’est pas la femme de l’Homme invisible)


TaPaGeS (TransPédéGouines de Strasbourg) a participé ce samedi au rassemblement initié par La Lune à 17h Place Broglie à l'occasion de la Journée Internationale de Lutte contre l'Homophobie dont le thème était, cette année, la lesbophobie.
Des photos seront en ligne mardi 20 mai sur le site de TaPaGeS : http://tapages67.org//
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Cette année, le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l'homophobie est placée sous le thème de la lesbophobie.
Lesbophobie : la haine des gouines et de celles qui leur ressemblent.

En 2008, en France, la visibilité des lesbiennes reste un problème.
Difficile de prendre la parole en tant que gouine.
Difficile de porter des revendications spécifiques.
Difficile de se faire entendre au sein de la mouvance LGBTi.
Impossible de voir nos revendications relayées.
Aujourd'hui, les seules lesbiennes acceptables, fréquentables, relayées par les médias, c'est celles qui sont mères ou celles qui s’encanaillent avec une femme avant de revenir vers les hommes (ouf !)

La lesbophobie, c’est les meurtres.
Les viols.
Les coups.
Le mépris.
La pauvreté, résultat de la domination économique des femmes.
La haine institutionnalisée par l'Eglise, l'Etat, certains psys.
C’est aussi, plus sournoisement, le déni pur et simple de notre vécu.
En France et ailleurs dans le monde.
C'est aussi cette injonction normative : nous devons rester des femmes, pour les hommes.
Dominées par les hommes.
Les «fugitives» (nous sommes comme des esclaves en fuite de la classe des « Femmes », selon l’expression de Monique Wittig dans la Pensée Straight) seront punies.
Au mieux silencieuses, au pire mortes.

La colère des gouines, pourtant, devrait être immense.
A la hauteur de leur haine, eux qui voudraient nous faire ravaler notre fierté à coups de bottes parce que nous assumons le bonheur de nos vies sans hommes.
A la hauteur de leur vanité et de leur paternalisme, eux qui veulent nous convaincre qu’on n'a pas « rencontré le bon mec ».
A la hauteur de leur imbécillité, eux qui nous demandent, toujours et encore, « qui fait l'homme ».
A la hauteur de leur violence, elles et eux qui veulent nous marquer au fer rouge de leur conception hétéronormée de la féminité.
A la hauteur de leur outrecuidance, eux qui entendent nous imposer un «référent masculin» jusque dans nos projets d'enfants, en nous refusant l'accès à la PMA, faisant de nous des hors-la-loi de la maternité sans homme.
A la hauteur du mépris des labos, qui jamais ne proposent de campagnes spécifiques à nos besoins de santé. Nous qui, parce qu'on nous a toujours dit qu'une femme sans homme n'avait pas besoin de gynécologue, négligeons de nous faire dépister, nous exposant au cancer du sein et de l'utérus, fléaux de notre «communauté».
A la hauteur du mépris des labos encore, qui, bien que le VIH touche en première ligne les femmes, continuent d'axer leur recherche sur les besoins des seuls hommes.
A la hauteur du cynisme de l'Etat qui voudrait éparpiller notre conscience politique : nous sommes gouines, mais aussi «femmes», trans, chômeuses, intersexes, sans-papiers, séropositives, putes, toxicomanes, victimes de racisme, victimes de sexisme.

Une gouine en colère, on ne la montre jamais que pour la condamner.
N'est-elle pas la honte de son sexe, si doux, si pondéré ?
Mais notre colère est notre force : c'est elle qui nous donne l'énergie nécessaire à notre survie.

La lesbienne féministe noire Audre Lorde écrivait en 1977 : «Notre silence ne nous protègera pas». Que nous décidions de nous battre pour changer la société qui nous oppresse ou que nous nous terrions muettes de peur au fond du placard, la violence de l’oppression est la même.
Notre silence ne les empêchera pas de nous piétiner.
Notre colère si.

Alors n’esquivons pas le combat.
Désobéissons aux ordres qui nous imposent le silence et l'invisibilité !
Refusons le système qui nie notre existence.
Imaginons un monde débarrassé de l’oppression capitaliste et hétéropatriarcale
Refusons qu’il nous renvoie pour tout horizon une image de nous destinée à rassurer les hétéros.
Faisons peur ! Faisons en sorte que la peur change de camp.
Soyons revêches, méchantes, opiniâtres.
Faisons désordre.
Rêvons bruyamment d'un monde qui ferait plus que nous tolérer.
Et ne nous contentons pas d’en rêver…

TaPaGeS (TransPédéGouines de Strasbourg)

mardi 13 mai 2008

Juste une question d'amour ?




Je suis vraiment interpellée par le déroulement d’une des storylines de la série «Plus Belle la vie» qui est diffusée sur France 3 tous les soirs de semaine vers 20h20.
Pour celles et ceux, comme moi, qui ne regardent pas la télé et a fortiori pas cette série, quelques mots s’imposent pour situer la chose. (Note : J'ai à peu près reconstitué l'histoire en musardant sur YouTube. J'ai sûrement zappé des trucs, mais l'essentiel est là).

L’action se passe à Marseille. La blonde Céline est issu d’un milieu très bourgeois. Elle dirige un truc qui ressemble à une société de construction que possède son père. La brune Virginie, fille de poissonnier, est la nouvelle cheffe de chantier qui vient d’être engagée dans sa société. Entre les deux femmes, le courant passe rapidement assez bien. Mais quand Céline apprend que Virginie est lesbienne, elle est profondément troublée.
Passées quelques péripéties scénaristiques dont je vous fais grâce, Céline propose à Virginie, qui se retrouve sans logement, d’emménager dans sa chambre d’amis dans son immense appartement cossu. Et là, évidemment, les deux femmes se rapprochent tant et si bien que Céline finit par succomber au charme de sa locataire, qui après avoir un peu minaudé sur le thème «Je ne comprends pas ce que tes sous-entendus signifient», finit par céder elle aussi.
Et là, je dis wow.

Parce que bon… Voir à 20h20 sur France 3 dans une série ultra-populaire en access prime time deux femmes nues dans le même lit, échevelées et épuisées se dire : «Ça t’a pas plu ?», «Si ! Tu as bien vu que ça m’a plu» et autre «C’est beau de faire l’amour à une autre femme…», ben ça pose là.
Des gouines dans le salon de ma grand-mère ! (qui Dieu merci ne regarde pas cette série, faut pas déconner !)
Sérieux, je pense honnêtement qu’on peut difficilement aller plus loin dans la représentation de l’amour lesbien à la télé hétéro : deux belles femmes épanouies qui s’éprennent l’une de l’autre et qui assument leur désir tout simplement.
Et puis ça défend aussi l’idée qu’entre les homos et les hétéros, les frontières ne sont pas marquées, que c’est une différence de degré et non de nature, que nos préférences peuvent se dessiner au gré des rencontres et qu’il n’y a pas deux races que tout oppose, mais un continuel dialogue entre deux positions.
Je trouve ça extrêmement positif.
Sauf que.

Sauf qu’une fois de plus, on réduit soigneusement l’expérience lesbienne à une question d’amour.
Une question d’amour joliment amenée et développée certes, mais qui ne laisse aucune place à autre chose.
Céline a eu beau railler son père homophobe en lui lançant que Virginie avait le mauvais goût d’être «gouine ET pauvre», à aucun moment la série ne croisera par exemple les questions de sexe et de classe.
A aucun moment ces deux femmes ne remettent en question le système qui les opprime. A aucun moment elles ne susurrent sur l’oreiller des complots destinés à ébranler l’hétéropatriarcat responsable de leur malheur et de l’inégalité sociale qui les écartèle.
Toute la charge potentiellement subversive de leur relation, du fait que Céline soit désormais une fugitive de sa classe de femme hétérosexuelle et de sa classe sociale en couchant avec cette gouine pauvre, est soigneusement évacuée.
A la télé française, on peut parler des lesbiennes. On peut même en parler avec une certaine honnêteté et je dirais même fort joliment , mais à condition de ne parler que de leurs amours.
Ne parler des lesbienne que lorsqu’elles se séduisent, se charment et, éventuellement, affrontent bravement les préjugés des méchants.
Ne surtout pas parler d’autre chose.

Parce qu’une gouine en colère, ça continue de foutre sacrément les chocottes ?

samedi 3 mai 2008

La gouine est revêche


La gouine est habillée comme un sac
La gouine a un gros cul
La gouine ferait bien d’aller chez le coiffeur
La gouine n’a pas peur de faire son âge
La gouine est moche
La gouine est politique
La gouine est libre



Gouine… on jurerait un mot inventé pour les Indigo Girls !




Du rab ici avec Shame on you (sur les sans-papiers américains)

Je pens qu'il est inutile de préciser à quel point je les aime ?

lundi 28 avril 2008

L’an 39 après Stonewall

J’ai relu récemment les actes d’un colloque sur Monique Wittig organisé par Marie-Hélène Bourcier et Suzette Robichon à Paris en 2001 («Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes», publié aux feues Editions gaies et lesbiennes).
Dans un texte, Bourcier rappelle en passant que la visibilité était «le» mot d’ordre post-stonewallien.
Oui, évidemment.

La visibilité comme stratégie d’affirmation et de fierté, pour lutter contre le placard, pour cesser de se terrer, comme avant juin 69, dans des caveaux sinistres pour se rencontrer entre homos, drapé dans la peur du flic qui viendrait cogner, violer…
C’est à New York, le 28 juin 1969, que la police est venue faire une descente dans le bar Stonewall Inn de Christopher Street, dans Greenwich Village.
C’était le manège classique, en fait : rien d’inhabituel dans ce groupe de huit flics agressifs et insultants arrivant pour agresser et coffrer des pédés et des gouines et surtout des trav’.
Une descente de flics comme les autres.
La descente de trop.

On dit que le jour même, Judy Garland, morte brutalement d’une overdose à l’âge de 47, avait été inhumée, provoquant une peine immense chez ses fans homos.
On est toujours tellement drama queen…
On dit aussi que c’est une trans, Sylvia Rivera, qui a balancé la première une bouteille dans la tronche d’un flicard.
Parce qu’elle se serait de toute façon fait coffrer.
La première nuit, 2000 personnes, habitués et habitants du quartier, ont affronté les forces de l’ordre à coups de pierres. Des forces anti-émeutes ont été envoyées sur place, mais les affrontements n’ont cessé que cinq jours plus tard.
Dès l’année suivante, une manifestation réunissant 2000 personnes a commémoré les événements de Christopher street avec des slogans comme «Come out !», «Gay is Good» ou «Gay Pride».
La fierté contre la honte.
L’affirmation contre l’invisibilisation.

Depuis, tous les ans, un peu partout dans le monde, les gay prides et autre «marches de la fierté» ou «marches de la visibilité» commémorent les émeutes new-yorkaises.
Des émeutes, oui.
A la hauteur de notre colère.
Pour se souvenir que c’est elle qui nous évite de nous laisser piétiner comme des merdes.

C’était il y a 39 ans.
Je me suis demandé, en pensant à tout ça, si ce «mot d’ordre» de la visibilité était toujours d’actualité. Si c’était un indépassable de notre «condition», ou plutôt un socle permettant de passer à la suite.
En presque 40 ans, on pourrait espérer être passé à autre chose, espérer que «la situation s’est améliorée».

Et, à dire vrai, quand je regarde l’état de nos prides, en France par exemple, on pourrait le penser.
Parce que la colère, l’indignation fondamentale des transpédégouines de Greenwich, le sursaut d’exaspération, cette rage plus brûlante que la peur, ça fait un moment qu’elle n’est plus perceptible dans le gros des troupes qui défilent.
Récemment, j’ai réalisé que les jeunes hétéros de 20 ans qui marchaient derrière nos chars dégoulinants de techno confondaient la marche avec la Love Parade.
Et que beaucoup trop de commerces utilisaient l’événement comme vitrine publicitaire à peu de frais.

C’est en brandissant il y a quelques années durant des heures un panneau «l’homophobie tue» sous les pluies de paillettes et de décibels sous l’œil vaguement agacé de quelques pédés froufroutants que j’ai réalisé à quel point la marche était devenue dépolitisée.
Mais qu’elle reste critiquée par les esprits chagrins qui trouvent qu’elle donne une «mauvaise image de l’homosexualité» (Mattachine not dead !)

Je me fous de donner une bonne image.
Parce que l’homophobie tue.
Elle tue chez nous.

Comment nos marches peuvent-elles avoir l’air si apaisées quand le mépris de l’Etat nous écrase à chaque instant ? Quand on nous somme de nous accommoder de modifications cosmétiques du PaCS, quand les franchises médicales pénalisent les malades du sida, quand on expulse les malades sans-papiers, quand les familles homoparentales sont ignorées par la loi, quand les trans sont psychiatriséEs et que la transphobie est légalement admise ?

Parce que l’homophobie tue chez «eux», aussi.
Comme en Pologne, par exemple, où à Cracovie, ce samedi, la gay pride a une fois de plus été réprimée dans le sang.
Comme à Moscou, où le maire Iouri Loujkov a interdit la gay pride pour la troisième année consécutive et que Igor Mirochnitchenko, de l'Union des porte-étendards orthodoxes, a déclaré : «Nous saurons forcément si ces rassemblements scandaleux se forment, et nous irons aussitôt les interrompre. Nous sommes déjà en train d'accueillir des renforts en provenance de Sibérie et d'Ukraine».
Est-ce que le passage à tabac de transpédégouines finira par être considéré comme une Indulgence (un acte favorisant l'accès au paradis) par l’Eglise ?

Le militant LGBT britannique Peter Thatchell (à droite)
lors de la gay pride de Moscou en 2007
Nikolaï Alexeïev, l’organisateur des deux précédentes prides de Moscou persévère malgré l’adversité et a déclaré que le 1er mai marquerait le début du «Mois de la gay pride de Moscou».
Chez eux, la question de la visibilité est réellement une question de vie ou de mort. Ce ne sont pas que les flics qui leur tombent dessus : c’est toute une population dont la férocité et la haine est attisée par l’Eglise et les ultra-nationalistes.

On voit bien qu’à première vue les enjeux ne sont pas les mêmes… d’un côté, des marches auxquelles on se rend parfois à reculons, en faisant la moue et en se demandant si on n’a rien de mieux à faire ce samedi, et de l’autre, des manifestations éclaboussées de sang et de haine, où décider de participer demande un courage colossal et une fierté combattante.

Des différences à première vue seulement.
En réalité les enjeux sont les mêmes, c’est juste la force de la répression qui diffère.
Parce que dans le fond, c’est toujours le même rapport de force : non, nous ne nous laisserons pas piétiner, nous ne nous contenterons pas du placard auquel vous nous destinez.
Nous ne nous contenterons pas des miettes que vous nous laissez.
Le mot d’ordre de la visibilité de Stonewall, celui d’il y a presque 40 ans, reste douloureusement d’actualité.
La gay pride est un moment de lutte, un bras de fer toujours recommencé contre un Etat qui au mieux nous tolère.
Un baromètre de la haine, une épreuve de force.
C’est sa raison d’être, sa définition même.

Pensons-y : juin approche.