Protégeons nos enfants !

Une véritable cabbale se déchaîne actuellement contre un livre pour les enfants publié à l'Ecole des loisirs, intitulé «Jean a deux mamans».
Une honorable mère de famille très catholique (c'est elle qui le dit, pas moi !) a été scandalisée parce que dans la bibliothèque municipale de son bled, son môme est tombé sur ce petit bouquin cartonné et lui a demandé de l'emprunter. Or, le dit bouquin présente l'histoire d'un petit loup élevé par deux femelles loup (dans une série qui illustre la diversité des modèles familiaux).
La mère a confié son malaise au Figaro qui s'est empressé de le relayer avec force détails. On apprend comme ça que la mère en question ne se sentait pas capable de lire l'histoire à son enfant et éventuellement de répondre à ses questions.
Evidemment, la pédiatre Edwige Antier, bien connue pour son opposition systématique à l'homoparentalité, n'a pas raté la belle occasion pour se fendre dans le même canard (qui lui a évidemment généreusement ouvert ses colonnes sans lui opposer d'avis contraire) d'une diatribe enflammée contre le bouquin et contre l'homoparentalité. «Je trouve que c'est n'importe quoi ! Aujourd'hui, dans notre société, on ne laisse pas les parents être les acteurs de l'éducation de leurs propres enfants!», «c'est pourtant à eux et rien qu'à eux de décider quelles valeurs [sic] inculquer à leurs enfants.» L'homosexualité serait un «fait marginal» qui «véhicule, dans ce sens, des antivaleurs» : «les idées marginales doivent être le choix des parents, en aucun cas celui d'une bibliothèque municipale ou d'une mairie.»...
Ensuite, elle balance une hypothèse avec une autorité qui laisse pantois : «L'enfant est en train de prendre ses repères, il fixe sa place par rapport à son père et sa mère, il construit qui il est. Il est donc une marmite émotionnelle où chaque livre, chaque jeu aide à cette construction. Or, lire ou raconter ce genre d'histoire bouleverse tout et peut nuire à la construction psychique.»
Wow... splendide !
Ça fait vraiment : Homophobes, ne vous laissez pas influencer par celles et ceux qui tentent de vous ouvrir l'esprit et surveillez bien les lectures de vos enfants, au risque de les voir développer un respect suspect pour les modes de vie marginaux. Cachez-leur l'existence de la différence, sinon ils risqueraient de s'y habituer. Si vous lui laissez entendre que certaines personnes ne vivent pas selon le modèle hétéro dominant, sa foi dans la supériorité de l'hétérosexualité risque d'être ébranlé et si, quelques années plus tard, il se révélait homosexuel, (ark, ark !...) il risquerait de BIEN LE VIVRE (au lieu de se morfondre et de mener une vie misérable de pécheur).
Edwige ?
La ferme.
Les personnes qui s'intéressent à la pédopsychiatrie se réfèreront avantageusement aux ouvrages de Geneviève Delaisi de Parseval, qui dit complètement l'inverse d'Antier, preuve, s'il en faut, que cette discipline, comme toutes celles qui sont issues de la théorie psychanalytique, ne sont que des supputations.


6 commentaires:
Heureusement que les enfants ne lisent pas le Figaro !
Dis moi, je l'aurais pas vu chez toi ce ptit livre par hasard ? :)
Non, tu as vu «Dis, MamanS», de Muriel Douru, aux Editions gaies et lesbiennes. :)
Edwidge Antier !
La fameuse !
(commentaire constructif, je l'accorde).
D'façon, Geneviève Delaisi est plus belle qu'Edwige !
(l'argument qui tue)
Sinon j'ai à présent «Jean a deux mamans» entre les mains et E. et moi avons bien gloussé devant les images qui ne manquent pas d'un humour au second degré parfaitement subtil et décalé.
On saura le mettre entre de bonnes mains, celui-là, avant que les papistes ne le censurent et le fassent retirer des ventes !
J'aurais du en acheter tout un stock, tiens...
Dans les news online de Têtu du 9 novembre 2005 :
«Jean a deux mamans» : L'Association des bibliothécaires français défend le pluralisme
Dans un communiqué publié après la réunion de son bureau national le 7 novembre, l'Association des bibliothécaires français (ABF) défend «le droit à l'accès de tous les points de vue pluralistes, au sein des bibliothèques». Le communiqué fait suite à un article publié dans le Figaro du 9 septembre dernier, où une mère de famille, de même que la pédiatre (et élue UMP) Edwige Antier, s'indignaient de la présence du livre Jean a deux mamans dans une bibliothèque municipale (lire Quotidien du 9 septembre). «Edwige Antier défend la thèse (controversée) selon laquelle les impressions infantiles sont indélébiles», note l'association, tout en rappelant que l'ensemble des lectures de l'enfant lui apprendra «qu'il n'existe pas qu'une seule façon de vivre, ce qui, qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, n'est ni plus ni moins que la réalité». L'ABF se dit «particulièrement choquée» par le fait que la présence du livre dans une bibliothèque municipale soit jugée comme un fait aggravant par la maman comme par la pédiatre. Elle souhaite «réaffirmer avec force» son code de déontologie: «ne pratiquer aucune censure, garantir le pluralisme et l'encyclopédisme culturel des collections» et rappelle que le livre n'a fait l'objet d'aucune interdiction a priori ou a posteriori.
par Taina Tervonen
Voilà qui a le mérite d'être clair.
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